Toilettes sèches, composter dans la maison ou dehors ?

Les questions que l’on peut se poser | Ecrit par Emmanuelle Bigot

Lorsqu’on se projette dans une installation de toilette sans eau pour son habitation, se pose forcément la question du retraitement. Une grande partie des toilettes sans eau fonctionnent grâce au compostage ou au lombricompostage. Il faut alors se décider pour un système centralisé dans l’habitation ou hors de la demeure, en général au jardin. Le choix de l’une ou l’autre option est dicté par de nombreux paramètres. Nous allons faire le tour des avantages et inconvénients de l’un ou l’autre choix.

Compostage dans l’habitation

En terme de gestion au long terme, c’est le top ! Une telle installation vous évite les vidanges régulières et rapprochées. Une fois votre cuve en service avec sa couche de litière absorbante et drainante pour un bon démarrage, il n’y a plus qu’à rajouter une poignée de copeaux pour remplacer la chasse d’eau et le travail de transformation peut commencer. Des interventions en général mensuelles, seront à prévoir pour niveler et ou brasser le contenu, Les vidanges seront plus ou moins espacées 1 à 2 fois par an, voire moins souvent selon la dimension du bac et le nombre d’utilisateurs.

Une conception parfaite

Ce type de cuve doit être parfaitement conçue : la ventilation doit pouvoir se faire en continu, le drainage des liquides au fond du bac doit avoir suffisamment de gravité et être bien positionné pour permettre à tous les excédents de liquides de s’écouler. La cuve elle-même sera conçue dans un matériau compact, absolument non poreux et résistant. Tout plastique bas de gamme est proscrit. Le tuyau de chute entre le siège de toilette et le bac doit être situé au bon endroit sous peine de voir la cuve se remplir de façon déséquilibrée et nécessiter des interventions d’entretien plus fréquentes. Les cuves produites en série sont rarement conçues pour réceptionner plus qu’une toilette de l’étage. les contraintes constructives sont en général trop complexes pour arriver à connecter plus d’une cuve. La ventilation sera forcée par une extraction électrique bien calibrée et performante, elle est connectée à la cuve. Nous vous conseillons de vous reporter à notre page du blog traitant de la ventilation.

Tout ces points impliquent une installation parfois complexe pour s’adapter à un environnement déjà construit : il faut un étage inférieur pour la chambre de compostage, traverser les planchers, dalles, plafonds pour faire passer le tuyau de chute et à l’inverse, monter la ventilation en toiture. Il doit encore rester la possibilité de drainer les liquides au bas du module ce qui peut être problématique s’il n’y a pas d’écoulement gravitaire possible au niveau de la cave. Pour une habitation à construire, cette option peut se mettre en oeuvre bien plus facilement

Une mise en place impeccable

Il ne suffit pas de trouver le bon bac composteur à intégrer à l’habitation, il est également nécessaire d’avoir un installateur, en général un sanitaire, voire un installateur spécialisé en ventilation. C’est évidemment plus simple lorsqu’on construit une maison d’intégrer ce type de toilettes que dans une habitation déjà construite ou en rénovation. Il est fortement conseillé d’installer une cuve par toilette et il peut-être périlleux de connecter deux tuyaux de chutes sur une même toilette.

Les contraintes d’installation

Une cuve de compostage intégrée représente un volume important
de 1 à 2 m3 en fonction du nombre d’utilisateur. Ainsi, il faut un espace suffisant en sous-sol ou un vide sanitaire facilement accessible et aménageable situé droit en dessous du siège de toilette, que celui-ci soit 1, 2 ou 3 étages plus haut. les coûts de percement entre les étages pour faire passer le tuyau de chute peut vite faire grimper l’addition. La ventilation partira depuis la cuve pour en principe monter en toiture. Plus le tuyau monte haut, plus il peut-être profitable d’avoir un diamètre d’au
moins ø110 mm. Là aussi, des coûts parfois importants sont à prendre en compte et l’étanchéité en toiture devra être réalisée avec soin. Une ventilation électrique en continu améliorera notablement les performances de compostage et de transformation. Sous certaines conditions, il est possible de sortir en façade. L’avantage de cette aération est qu’il n’y a pas besoin de ventiler la salle de bain, tout l’air ambiant étant aspiré par la toilette pour descendre dans la cuve.

Les avantages et les limites du système

Nous l’avons dit plus haut, une telle toilette vous évite les vidanges fréquentes, c’est un avantage incontestable, notamment pour des petits coins qui seraient installés à l’étage. Il y a toutefois des actions à faire entre deux vidanges, soit de brasser et niveler le dessus du compost dans la cuve une fois par mois. Les limites du systèmes sont posées par les contraintes d’installation : la moindre omission expose à des désagréments. Les restes de cuisine, les épluchures sont proscrites dans ce type d’équipement.

Compostage dans l’habitation

Une toilette unitaire* dont le contenu est à vidanger (TLB) et composter au jardin est toute simple à installer : posez, mettez une couche de copeaux au fond, c’est prêt à démarrer ! L’embarras du choix existe dans les différents modèles sur le marché, matériaux, design, on trouve de tout. Veillez vous toutefois à l’ergonomie, celui qui vous vend un simple box en bois carré, n’a jamais été sur une toilette sèche. De même, les toilettes avec bac à litière intégrée ne sont pas forcément pratiques. Ils obligent au remplissage de copeaux directement dans la pièce. Personnellement, je préfère réaliser cette opération sur le balcon et ramener mon bac à copeaux dans la salle de bain.

*unitaire = pipi + caca + copeaux ensemble dans un seau

Commencer par choisir son système de toilette

Un important paramètre à prendre en compte est le nombre d’utilisateurs. Si votre choix s’arrête sur un modèle unitaire d’une vingtaine de litres pour une famille de 6, nul doute que la corvée de vidange risque d’être épuisante: en moins de deux jours, vous serez amené à faire votre première vidange et ce rythme se poursuivra. Une toilette à séparation des urines peut-être une solution pour les familles nombreuses, le compostage extérieur sera alors plus facilement gérable. De même une toilette à séparation peut trouver tout son sens au dernier étage d’une maison. La perspective de porter son seau semi-liquide sur trois étages en colimaçon doit faire réfléchir au système séparatif qui peut dans ce cas s’avérer bien pratique.

Un compost accessible

La solution de compostage sera finalement la partie importante à bien planifier. Un compost, qu’il soit pour les restes de cuisine ou le contenu des toilettes, doit être proche de l”habitat et facilement accessible en toute saison. Aucune raison de le reléguer au fond du jardin, soyez fier de ce que vous faites pour notre Terre en lui rendant ce que vous lui avez prélevé.

Un compost bien mené sent bon, s’il pue, c’est qu’il y a un problème, en général facile à régler. L’accès au composteur doit être dégagé et non-glissant en hiver (expérience faite…).

Les avantages et les contraintes du système

Avec le compostage extérieur, vous allez produire un formidable humus car vous pourrez apporter non seulement le contenu de vos toilettes mais aussi vos restes de cuisine, vos déchets de jardin broyés… Plus les apports sont variés mieux le compost travaille.

Un seul moment dégage des vapeurs fortes lors de la manutention d’une toilette à vidange unitaire : c’est l’instant où vous versez votre seau sur le tas de compost. La réaction ammoniacale dans l’air fouette quelque secondes. Il est temps de recouvrir le compost d’une couche de litière ce qui étouffe immédiatement les émanations. Selon le système séparatif ou non ou encore votre modèle de composteur, le moment de la vidange peut laisser échapper de l’urine au bas de votre composteur car la masse en travail ne peut pas absorber autant de liquide en si peu de temps. Certains modèles sont pourvus d’un drainage et d’une récupération des liquides, équipement nécessaire dans les zones sensibles de protection des eaux.

Une toilette à vidanger au jardin peut s’avérer une solution extra pour une petite famille. En terme de coûts, c’est incomparable même si l’investissement dans un composteur de qualité et sécurisé vaut la peine. Moins cher veut dire plus de travail ; les vidanges seront régulières et fréquentes mais pour certains, ce geste est bien plus naturel et plein de sens que celui de passer frénétiquement un aspirateur.

Avec un tel système, les manutentions sont donc bien plus fréquentes mais vous ne courrez pas le risque de problème récurrent que pourrait rencontrer une cuve intégrée à la maison. S’il devait y avoir un incident, il est facile de vider le seau et de repartir à zéro.

Un petit coin comme celui-ci est nomade… Une personne est malade dans la maison ? Vous pourrez rapprocher la toilette de sa chambre. L’été vous vivez dehors ? Vous descendrez la toilette d’un étage tout près du jardin.

Ces lignes doivent vous aider à guider votre réflexion : projetez-vous, visualisez les éventuelles difficultés, trouvez les solutions (nous pouvons vous aider pour cela), quand tout est aplani, vous êtes prêts à installer votre sanitaire écologique.

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